Un parachute doré de 14 millions d’euros pour l’ex-PDG de Technip

dans Tour d'horizon

Technip était une société française créée en 1958, géant et fleuron tout à la fois de l’industrie pétrolière, spécialisée dans l’ingénierie et le management de chantiers d’exploration et d’extraction. L’imparfait s’impose puisque cette entreprise de premier plan dans le domaine technologique, présente dans 48 pays, est devenue américaine à l’issue d’un processus pour le moins discutable et sur lequel il est possible de s’interroger. Le rapprochement amorcé en 2016 avec la société américaine FMC, pourtant deux fois plus petite, s’est soldé en 2017 par une prise de contrôle de cette dernière et la décision de son dirigeant, Thierry Pilenko fut de déménager à Londres le siège du groupe, pour des raisons qui n’ont sans doute qu’un lointain rapport avec le tourisme ou la qualité de vie. Ce dirigeant français quittera le groupe en mai prochain, avec un chèque de 14 millions d’euros, sans aucun rapport avec sa pitoyable contre-performance à la tête du groupe.


Rédaction NSP
Arnaud Raffard de Brienne

Avec un résultat d’exploitation juste à l’équilibre mais une perte financière de deux milliards l’an dernier et un coût d’action divisé par trois depuis 2015, son bilan apparait particulièrement calamiteux. Si l’on y ajoute plusieurs affaires de corruption, notamment au Nigéria et de forts soupçons en ce qui concerne l’Irak, une gestion des hommes décrite comme « situation dangereuse » par le Direction régionale de la concurrence, de la Consommation, du travail et de l’emploi (Direccte), trois suicides depuis 2015, des démissions en cascade et le départ de plusieurs hauts cadres dirigeants, pareil chèque semble étrangement disproportionné. Selon la direction du groupe, le montant de 14 millions se répartit en 4 millions d’indemnité de départ, 6 pour une rémunération différée sur les dix dernières années dont des actions gratuites, 2 millions de clause de non-concurrence – mais quel concurrent recruterait pareil oiseau ? – et, cerise sur le gâteau, 2 millions pour couvrir l’engagement de Thierry Pilenko de ne mener aucune action judiciaire suite à son limogeage. Un comble.

Emmanuel Macron avait encouragé la fusion

Ajoutons que le nouveau PDG américain, Doug Peerderhit, s’attribue annuellement et fort immodestement 12,7 millions de dollars, la rémunération la plus élevée du CAC 40 alors que TechnipFMC, nouvelle appellation du groupe, n’arrive qu’en 33ème place à la Bourse de Paris. Étrange et décalé, d’autant plus que c’est aujourd’hui la branche de l’ex-FMC qui tire vers le bas les résultats du groupe au détriment, bien entendu, des intérêts français.
Les prémices du rapprochement de Technip avec FMC ne sont pas sans rappeler la reprise d’Alstom énergie avec le groupe américain General Electric. Un même ministre de l’économie, Emmanuel Macron, s’était fait le chantre enthousiaste de la fusion de « l’Airbus parapétrolier », assurant, la main sur le cœur, que Technip resterait français. Ce fervent partisan de la fusion de Technip avec FMC ne faisait en cela que reprendre docilement les préconisations des banques Goldman Sachs et Rothschild. La légitime indignation des salariés, partenaires sociaux, de Geoffroy Roux de Bézieux, dirigeant du Medef, et d’hommes politiques dont Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, ne peuvent éluder la question essentielle : à qui profite le crime ?


Article initialement publié dans le quotidien Présent.

 

 

 

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