Xavier Eman : Une fin du monde sans importance

dans Arts & Lettres & Chansons

Rédacteur en chef de Livr’Arbitres et chroniqueur à Eléments, Xavier Eman signe ici son troisième livre, après le premier volume d’ Une fin du monde sans importance (éditions Krisis) et Terminus pour le Hussard (Auda Isarn), un troisième opus rédigé avec une plume trempée dans le vitriol.


Klara Von Kustniz
Klara Von Kustniz

Pour paraphraser Kierkegaard, nous pourrions dire à la lecture de Xavier Eman que “la bêtise est la chose au monde la mieux partagée”, la bêtise des suppôts du système, des vieux boomers et des bien pensants, tous plus humanistes et crétins les uns que les autres et tous la cible d’un auteur qui se livre à un tir à vue que ne renierait pas le meilleur des snipers. Dans une suite de “Contes cruels” qui ne sont pas sans rappeler le génialissime Octave Mirbeau, l’aspect salace en plus – il faut vivre avec son temps -, le lecteur contemple par la lunette de l’auteur une galerie de portraits d’idiots utiles, d’esclaves du système, d’humanistes, de féministes bobos et de militants dégénérés, la palme revenant à celui dont les propres pensées le terrorisent: “Dites-moi Caroline, vous êtes drôlement sexy aujourd’hui. “(…) Un verre de trop à la cantine? une bouffée de “beauferie” trop longtemps refoulée? Un mauvais dosage d’antidépresseurs?  Il ne trouvait aucune explication à cet incroyable “dérapage”, indigne d’un humaniste de gauche comme lui…” Un vrai jeu de massacre. Et pourtant, à la différence des contes de Mirbeau, les nouvelles de Xavier Eman laissent parfois  sourdre une réelle pitié pour ses personnages, pitié excessivement ténue, compassion retenue pour tous ces imbéciles victimes du Système et qui tentent, très maladroitement, de survivre. Les plus dignes de pitié sont bien sûr ceux qui “craquent” car l’âge de fer rend fou, définitivement dingue. L’ “humaniste de gauche”, espèce en voie de multiplication, pauvre erre au cerveau lessivé par le Système et qui, parfois, redevient un homme au détour d’un lapsus ou d’un trait d’humour, espèce que nous connaissons tous et qui agace prodigieusement, espèce dont on rêve de voir la bien pensance se lézarder et de le voir se mettre à hurler: “Enc… de nègre!” au collègue qui lui pique sa place.
On rit, on rit beaucoup, mais le rire est la plus belle forme du désespoir devant cette description effroyable de l’âge imbécile que nous traversons et notre désespoir est infini, car du député socialiste Porcellet prêt à tout pour l’argent et le pouvoir décrit par Mirbeau au Macroniste qui a tout renié, sa patrie et ses frères d’armes, rien n’a changé et le Veau d’or est toujours debout. “Le fric, dernier totem collectif!”
Lisez Xavier Eman et riez en attendant de pouvoir participer pour de vrai au jeu de massacre.


La Nouvelle Librairie.

Derniers articles Arts & Lettres & Chansons

Haut De Page