Yann Moix : l’homme d’ Ushoahia qui rêvait d’être juif

dans Zones occupées

Quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage. Quand on veut se débarrasser de son voisin, on l’accuse d’avoir l’antisémitisme, maladie mortelle dans notre société policée par les lois mémorielles. Il est vrai que la délation est une grande tradition nationale en France. En 40, on écrivait « mon voisin est juif ». En 2019, on écrit « mon voisin est antisémite ». La mort sociale est le camp du XXIème siècle. Qui a donc intérêt à se débarrasser de Yann Moix ?


Rédaction NSP
Ivan Lévy

Le 26 août 2019, L’Express révèle l’existence de dessins et de textes sulfureux attribués à Yann Moix dans Ushoahia, magazine artisanal, clairement antisémite et imprimé du temps de ses études à Sup Co de Reims. Humour très noir et provocation, deux composantes que ne renieraient pas les Charlie de notre époque.
Pourtant, horreur et abomination, la cible des petits Mickey est le déporté juif ! Scandale dans le Landernau de la presse toujours pressée de défendre l’opprimé judaïque, le congoïde de banlieue, l’emburkinée de piscine, le gauchiste aux ordres ou le migrant physicien quantique. Naturellement, l’incriminé s’est vautré en pleurnicheries et reptations. Il était jeune – 21 ans tout de même-, il voulait juste provoquer, il a « envie de vomir », il voulait juste être célèbre…un peu comme ces tueurs en série qui ne commettent des crimes que dans l’espoir de passer à la télé.

#balancetonantisémite

Qui a bien pu informer L’Express ? D’aucuns voient dans cette affaire un règlement de compte familial entre Yann Moix et son frère. Pourquoi pas ? Cela semble cependant un peu léger d’autant que l’écrivain n’a jamais caché sa fascination pour le peuple israélite et la religion juive même s’il a plus ou moins flirté toute sa vie avec la frontière de l’antisémitisme.
Il avait quand même signé en 2010 une pétition pour l’abrogation de la loi Gayssot avant de se rétracter en affirmant, sans rire, avoir confondu Robert Faurisson et Robert Badinter parmi les signataires avant de tous  traiter ceux-ci « d’ordures », y compris son ami Paul-Eric Blanrue dont il avait pourtant préfacé l’ouvrage : Le Monde contre soi : anthologie des propos contre les juifs, le judaïsme et le sionisme.
Leur amitié n’y a pas résisté.
Oscillant toujours entre le côté obscur et la bien-pensance, il n’hésite pas, en 2009, à hurler à l’antisémitisme contre un tract du cinéma Utopia présentant le film Le Temps qu’il reste qui met en scène une famille palestinienne de 1948 à nos jours. Et que revoilà les grands mots : il compare le tract à Je suis Partout et son auteur à Robert Brasillach. Et pourquoi pas à Hitler tant qu’on y est ? Naturellement, BHL lui apporte son soutien.
Alors, qui peut bien en vouloir à Yann Moix qui semble pourtant à la pointe du philosémitisme et de tout ce que la doxa a de mieux-pensant ?
Il avait pourtant poussé le philosémitisme jusqu’à défendre Roman Polansky lors de ses tribulations judiciaires, osant traiter la Suisse de « Gestapoland fondamentalement antisémite » et jusqu’à diffamer Renaud Camus en le qualifiant aussi d’antisémite- c’est une manie chez lui- ce qui lui avait valu une condamnation en appel.
Et pourtant, l’arroseur vient d’être arrosé. Le voilà, lui aussi, à la barre du tribunal de l’antisémitisme.

La Torah est un cadeau pour l’humanité

Sur le site Torah Box et répondant à Michel Boujenah, Yann Moix affirme que si tout le monde en veut aux Juifs, c’est parce qu’ils ont apporté la Torah au monde. On en reste sans voix. Voilà qui cloue le bec à toutes les vieilles lunes antisémites qui affirment que si l’on en a toujours voulu aux Juifs, c’est parce qu’ils ont tué le Christ, qu’ils buvaient le sang des enfants ou détroussaient la planète.
Non !
L’antisémitisme, pour Moix, c’est de la vilaine jalousie envers un peuple génial qui a écrit la Torah. Or, la Torah, ou Pentateuque pour les catholiques, constituée des cinq premiers livres de l’Ancien Testament, aurait été dictée par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï. Des millénaires d’antisémitisme pour une simple dictée, voilà qui fait un peu cher. On espère au moins que Moïse n’a pas fait de fautes d’orthographe en recopiant.
Mais Yann Moix ne doute de rien lorsqu’il s’agit d’étaler son philosémitisme. Entendons-nous bien, ce personnage a parfaitement le droit d’être philosémite comme on a le droit d’aimer les nouilles ou les sushis. C’est ça, la démocratie. Il essaye d’ailleurs de l’être depuis ses débuts puisqu’il est entré dans le milieu littéraire en dormant sur le paillasson de Bernard-Henry Lévy qui l’adoubera en 1994.
S’en suivra une réussite fulgurante : Prix Goncourt, Prix François-Mauriac, Prix Air-Inter, bourse de la Fondation Hachette, chroniques dans Marianne, Le Point, Elle, Le Figaro littéraire, tous journaux bien-pensants et appartenant aux pontes de la haute-finance ou de la grande industrie. Le soleil de la Torah brille sur le petit Yann qui ira promener sa suffisance sur les plateaux de télévision en insultant tout ce qui ne pense pas comme lui chez Ruquier, RTL ou Paris Première. Mais, afin de maintenir sa côte et sa figure d’intellectuel, il n’oublie pas de figurer au comité d’honneur du cercle d’études levinassiennes aux côtés de BHL, Alain Finkielkraut et Benny Lévy, cercle consacré à l’étude de l’œuvre d’ André Levinas, grand maître, entre autres, en matière de Torah.
Nous y revoilà. Le petit Yann s’y voyait déjà : adoubé par BHL, étudiant en Torah et Talmud, bientôt converti et auto-qualifié « d’apprenti-juif » sur le site Telavivre.
Le saint des saints allait s’ouvrir devant lui. La synagogue ouvrait lentement ses portes. N’avait-il pas déclaré dans la revue de BHL  La Règle du jeu :  » Depuis le temps que je me sens juif, il serait temps que je le devienne. » ?
Hélas, tant d’acharnement ruiné par un petit Mickey d’étudiant. Pauvre Yann Moix qui a reconnu finalement les faits. Finalement, n’aurait-il pas fait preuve d’antisémitisme en prenant les juifs pour des idiots et à force de vouloir les utiliser pour réussir, la Torah ne lui serait-elle pas retombée sur le coin du bec ?
Attendons de voir si son ami BHL le lâchera. Auquel cas, ce sera la curée, l’hallali, la mort sociale, la déportation au fin fond de l’oubli littéraire, médiatique. Qui joue avec le feu se brûle. Vae Victis.


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