Zemmour : une victime assumée de son (auto)acculturation ?

dans Zones occupées

On ne se lasse pas de l’oracle zemmourien…  Les éclats dont le gourou est coutumier, comme les écrits plus que contestables dont il nous  abreuve, constituent la pitance ordinaire de foules ébahies supposées rassemblées sous la double bannière du nationalisme français et de la tradition chrétienne… Et tant pis si ses propos traduisent une inculture crasse et finalement une méconnaissance totale de notre civilisation, celle de l’Occident Chrétien, comme de  l’histoire de notre pays, la France, quoi qu’en disent ses admirateurs : la culture, en effet, ne consiste pas à tordre la réalité, ou à en oublier à dessein  la moitié, pour en tirer une logorrhée apte à servir de caution à ses fantasmes.


Rédaction NSP
    Claude Timmerman

C’est le grand jeu auquel se livre ce pauvre garçon qui ne supporte pas de pas être souchien, tout en assumant  très bien, en le revendiquant même, le fait de ne surtout pas être chrétien… Le fait d’être juif a valu à ses ancêtres d’être « francisés » par le décret Crémieux….
De fait, s’il est  né en France, c’est bien le fils d’une famille immigrée, issue d’un clan berbère célèbre dont les membres se sont convertis au fil des siècles tant au christianisme qu’à l’Islam, voire au judaïsme, et qui a toujours vécu historiquement à cheval sur l’Algérie et le Maroc où l’on a dénombré au début du XXeme siècle plus de 60 000 membres répartis en 12 000 tentes et regroupés en une grande confédération de huit tribus principales…
Il y eut même à l’époque contemporaine, parmi eux, des truands juifs célèbres dont une trop fameuse « fratrie Zemmour » issue de Sétif qui défraiera la chronique dans les années 60 /80…(C’est une branche qui semble ne rien avoir a priori avec la famille d’Eric, fils d’un ambulancier.)
Une histoire tribale dont le jeune Eric n’aurait pas à rougir donc, de sépharades algéro-marocains émigrés en  France comme de nombreux autres, dès qu’éclateront les premiers troubles, préludes à la guerre d’Algérie et bien avant que l’indépendance ne se profile : Éric naîtra à Montreuil en banlieue parisienne en 1958…
Etre immigré, maghrébin de souche est une situation visiblement par moments très mal vécue et certainement même douloureuse pour lui, malgré les millions de droits d’auteur que lui font obtenir d’authentiques souchiens, décidément trop naïfs, mais proprement envoûtés par l’oracle…
Un public de gens souvent infiniment plus cultivés que lui mais qui lui pardonnent tout car « il dit ce que tout le monde pense, mais que personne n’ose énoncer » (sic !)
Zemmour est devenu l’objet d’une véritable fascination dans le microcosme d’une certaine droite qui se revendique « nationale », voire catholique et royaliste… Cherchez l’erreur !
En fait, Zemmour est, au mieux, un champion de l’enfoncement des portes ouvertes, mais il est effectivement protégé tant par son histoire personnelle que par ses origines qui le mettent, au moins partiellement à l’abri de la censure de la bien pensance et des poursuites judiciaires habituellement systématiquement diligentées dans ces cas-là, dès qu’il s’agit d’un goy…
Et là, cela devient carrément pathétique!
Car au milieu de ses éclats scripturaux ou verbaux, personne ne souligne les approximations sur lesquelles il surfe – pour ne pas dire parfois les inepties – et qu’il énonce doctement pour la plus grande joie de ses fidèles inconditionnels…Et l’exaspération croissante des autres…
Si Zemmour s’appelle bien « Eric », c’est bien là que le bât blesse !
Grand scandale lors d’un échange sur C8 dans « salut les Terriens », qui a même coupé la séquence au montage vidéo, entre Eric Zemmour et Hapsatou Sy, avec Natacha Polony et Gilles-William Goldanel…
“Je m’appelle Hapsatou”, explique-t-elle à Eric Zemmour durant cette séquence.
“Eh bien votre mère a eu tort”, répond l’éditorialiste, avec sa suffisance habituelle
“Vous vouliez qu’elle m’appelle Marie ?” interroge Hapsatou Sy.
“Absolument, c’est exactement ce que je veux”, rétorque Eric Zemmour.
Il jugera également “limites” les prénoms de deux autres chroniqueurs, Gilles-William Goldnadel et Natacha Polony qui devrait s’appeler Nathalie selon lui.
Ces propos sont une “insulte à la France”, déclare alors Hapstatou Sy.
Réponse d’Eric Zemmour : “C’est votre prénom qui est une insulte à la France. Parce que la France n’est pas une terre vierge, c’est une terre avec une histoire, un passé, et les prénoms incarnent l’histoire de la France.” (sic !)
Dont acte ! On s’étonnera donc de ce que personne n’ait souligné jusqu’ici cette nouvelle marque de l’inconsistance de la pensée zemmourienne, car cela semble très joli de jouer comme toujours les donneurs de leçon et de faire preuve d’indignation face à un coreligionnaire qui s’appelle William ou à une interlocutrice qui s’appelle Natacha, prénoms qui bien que très européens ne sonnent pas très Gaulois, selon lui…
Mais au fait, qu’en est-il donc d’Éric ? Et bien « Éric », c’est presque le pire du lot !
C’est un prénom qui, en France, n’a vraiment rien de souchien : il est pratiquement cantonné à la Scandinavie jusqu’au milieu du XXeme siècle !
Même wikipédia le note, (c’est dire !): « Ce prénom, presque inconnu en France jusque dans les années 1930, est popularisé par la série de romans Prince Éric de Serge Dalens. Il connaît un pic de popularité autour des années 1960. »
Le saint patron, très controversé même dans le monde de l’hagiographie, est le roi de Suède Éric IX….
Selon les détracteurs du saint, le pape Alexandre III aurait mis en garde le peuple suédois contre le culte rendu à saint Éric, lequel aurait été assassiné, ivre, au cours d’une rixe…
Il est possible cependant que le pape se soit réservé le droit de canonisation par la décrétale du 6 juillet 1170 en référence à ce culte populaire d’un saint, même mort lors d’une querelle d’ivrognes… (A tout prendre, c’est tout de même moins grave que les partouzes du pape Jean XII, mais lui au moins n’a pas été canonisé, après avoir été tabassé à mort par le mari peu arrangeant d’une de ses conquêtes…)
Bref, originellement ce n’est donc pas forcément un prénom très glorieux !  Or, s’il est une chose certaine, c’est que Nathalie ou William n’ont pas d’origines aussi lourdes… Mais le pauvre Zemmour ne le sait sans doute même pas…
Natacha est la forme grecque, habituelle en ce temps-là, de Nathalie (ou Natalie) et la sainte est connue dans le martyrologe romain tant sous le nom de Nat(h)alie que celui de Natacha. Natalie/Natacha et son époux Adrienus de Nicomédie furent martyrisés pour leur foi, sur ordre de l’empereur romain Galère,  au début du IVeme siècle, selon la légende… (Les reliques de Nathalie et d’Adrianus ont été transférées, en 1110, de Constantinople au monastère de Grammont en Belgique.)
La famille de Natacha Polony, qui se revendique d’origine polonaise, reconnaît que le prénom de Natacha lui a été inspiré par un personnage de Tolstoï : Natacha Rostov, l’héroïne de Guerre et paix…
La cause est donc entendue…
C’est bien d’un prénom chrétien, de l’empire romain, connu dès le Veme siècle qu’il s’agit!
Sans doute Zemmour aurait-il préféré Nathalie de Cordoue, ce qui sonne plus ibérique, sinon sépharade…
Mais c’est raté !
Quant à William, c’est (presque) aussi grave pour Zemmour… William est la version britannisée de Williame, la forme normande du prénom Willem, issu du haut allemand, que l’on retrouve encore sous cette forme dans le néerlandais de nos jours… En langue d’oc, Whilem est tout naturellement devenu Guilhem, qui lui-même deviendra Guillaume en langue d’Oil…
Ce prénom s’est popularisé dès le VIIIeme siècle, et son Saint patron, Ghilem de Gellone, neveu de Pépin le bref, cousin de Charlemagne,  fut comte de Toulouse…
Donc, si on résume : Natalie/Natacha est une sainte, martyrisée par un empereur romain, du IVeme siècle, William/Guillaume est un saint chrétien d’Occitanie du VIIIeme siècle et Eric est un saint scandinave, controversé, du XIIeme siècle…
Question légitimité dans l’Occident chrétien, pour le petit Zemmour qui parle de « prénom limite » concernant les autres, c’est bien Eric qui est, dans le lot, le prénom le plus sujet à controverse…
Encore une occasion manquée de se taire…
C’est décidément dur la vie d’inculte quand la connaissance l’illumine, n’est-ce pas?
Bref, s’il lit ces lignes qui lui parviendront, Eric Zemmour, toute suffisance bue, pourra se coucher moins bête.
La séquence controversée a été “délibérément coupée au montage selon les instructions du service juridique de C8”, avait indiqué le lundi suivant la société de production de l’émission. Précisant que sa prise de parole n’est “pas un affront” à la chaîne, Hapsatou Sy insiste sur son émotion face au comportement d’Eric Zemmour durant l’émission. “Personnellement et dans mon être, je ne peux accepter ça. (…) C’est pour moi impossible, inconcevable, de faire offense à mes origines, à mon identité et à ce que je suis.”
“C’est très révélateur de ce que deviennent les débats médiatiques, a réagi Eric Zemmour sur BFMTV, lundi. Mais c’est le risque de l’époque. L’émotion, la judiciarisation et la victimisation. On se victimise pour se faire bien voir et après on joue l’émotion, et après on vient et on dit « Attention, je vais déposer plainte ».”
De sa part c’est plutôt croustillant !

La conquête de l’Algérie : une responsabilité judéo-maçonnique et républicaine !

Si on peut (parfois) pardonner à Zemmour les analyses historiques vaseuses et les interprétations osées dont ses « ouvrages » sont émaillés, telles :
– l’idée que La France « aurait voulu » constituer un « empire romain du nord » ce qui est assez sidérant quand on voit la réalité historique millénaire du Saint Empire Romain Germanique…
– le fait que saint Louis soit assimilé à « un roi juif » (il fallait l’oser…)


Sa dernière « leçon de nationalisme français » sur l’Algérie et le Maréchal Bugeaud laisse pantois… Enfin elle devrait laisser pantois car apparemment les commentaires indignés s’abstiennent curieusement là de pleuvoir. Et c’est ce qui pose le plus de questions !!!
C’est là, qu’on voit à la fois, la volonté provocatrice et l’ignorance du personnage, à moins que ce ne soit …de la pure mauvaise foi de sa part! (Rappelons d’abord que l’Algérie n’existe pas historiquement : c’est la partie centrale du Maghreb encadrée par deux entités politiques, elles bien individualisées et historiquement connues depuis des siècles: l’empire chérifien alaouite du Maroc à l’ouest et la Tunisie du bey ottoman à l’est… Les terres « algériennes » peuplées de barbaresques sur la côte et majoritairement de Berbères et de Kabyles dans les terres sont administrées pour le compte de l’Empire Ottoman par un haut fonctionnaire local: le dey d’Alger…)
Mais pourquoi et surtout quand Bugeaud arrivera-t-il en Algérie ?
En fait, ce qu’ignore Zemmour, il y viendra deux fois… Nous avons déjà largement évoqué l’origine de l’affaire, les tripotages commerciaux et financiers du juif Bacri, dans des articles précédents.
L’armée française débarque donc en Algérie 37 000 hommes de troupe dans la baie de Sidi Feruch le 14 juin 1830, sous le commandement du général de Bourmont (qui gagnera là son bâton de maréchal).
Il livre les 19 et 24 juin les deux batailles de Staoueli, et fait capituler Alger le 5 juillet avec la signature de l’accord de soumission du régent d’Alger, Hussein Dey. La campagne est un indiscutable succès : en moins de deux mois Bourmont pousse jusqu’à Blida et fait occuper Bône et Oran dans la première quinzaine d’août.  Mais le 11 août, le nouveau ministre de la guerre, le général Gérard lui communique officiellement la nouvelle de la révolution de Juillet ! Bourmont refuse de faire allégeance et de reconnaître l’usurpateur orléaniste Louis-Philippe.  Relevé de son commandement, Bourmont quitte l’Algérie et rejoindra Charles X en exil en Angleterre…
Il sera remplacé à Alger par le général Clauzel qui lancera l’ébauche du  premier mouvement de colonisation, et sera fait maréchal en 1831… Cependant Clauzel se heurte à la résistance croissante des populations locales, notamment à celle de l’émir Abd el-Kader qui fonde de Biskra à Tlemcem le premier « état islamique » au Maghreb, proclamant en novembre 1832 le djihad contre les envahisseurs français.
Nommé gouverneur général le 8 juillet 1835, Clauzel prend et brûle Mascara, capitale de l’émir.  En novembre 1836, il lance la première expédition contre Constantine, encore aux mains d’Ahmed Bey, opération qui se solde par un échec cuisant, faute de renforts et des ressources adéquates.  (Cet échec va clore définitivement sa carrière militaire, puisqu’il est remplacé le 12 février 1837 par le général Damrémont.) Le général Bugeaud est alors temporairement envoyé en Algérie (6 juin 1836) avec ordre d’écraser la révolte d’Abd el-Kader. Il remporte un premier succès à la Sikkak le 6 juillet 1836.  La résistance des Algériens le conduit à signer le traité de Tafna avec l’émir Abd el-Kader le 30 mai 1837.
L’émir par ce traité reconnaît aux Français la possession de quelques enclaves sur la côte algérienne (Alger, Bône, Oran…) et la France reconnaît la souveraineté d’Abd el Kader sur les 2/3 de la région.
La période de paix qui suit ce traité permet à l’émir Abd el-kader de consolider un nouvel État fonctionnel, avec pour capitale Tagdempt. Il minimise son pouvoir politique, refusant à plusieurs reprises le titre de sultan et s’efforçant de se concentrer sur son autorité spirituelle. L’État qu’il crée est largement théocratique et la plupart des postes de direction sont occupés par des membres de l’aristocratie religieuse.
Il emploie, pour la construction de sa nation algérienne, sans discrimination, tous les locaux, qu’ils soient musulmans,  juifs ou chrétiens.  (L’un d’eux, l’emblématique Léon Roches, arabisant français primitivement sous-lieutenant de cavalerie,  sera son secrétaire jusqu’après le retour de Bugeaud qui le chargera de négocier un nouvel accord avec l’émir en 1943. Ayant quitté l’armé, il mènera ensuite une carrière totalement diplomatique.)
Bugeaud, de retour en France en 1838 est nommé « gouverneur général de l’Algérie » par le ministre Thiers en 1840. Il embarque à Toulon pour Alger le 19 février 1841.
Il finira par y disposer de plus de 100 000 hommes pour vaincre la résistance de cet état naissant.
Entouré des généraux La Moricière, Changarnier, Bedeau, Cavaignac, Bugeaud emploie alors des méthodes de guerre inspirées de son expérience dans la lutte contre les partisans pendant la guerre d’Espagne (1809 – 1813) où il gagnera ses galons de colonel , avant d’être nommé général en 1831 par Louis Philippe qui le fera gouverneur de la citadelle de Blaye « pour servir de geôlier à la duchesse de Berry »…. (Un surnom qui lui restera…)
Bugeaud allège l’équipement des soldats, remplace les fourgons par des animaux de bât et transporte  l’artillerie à dos de mulet. Les troupes sont divisées en colonnes mobiles qui harcèlent et pourchassent les rebelles et font le vide devant eux, incendiant les villages, raflant les troupeaux, et, pour les affamer, appliquent la tactique de la terre brûlée.  (Nommé maréchal de France en juillet 1843, Bugeaud obtiendra la permission d’attaquer le Maroc, qui aidait l’émir Abd el-Kader qui continue à résister. Le 14 août 1844, les troupes marocaines sont surprises par Bugeaud sur l’oued Isly, non loin de la frontière, ce qui sonnera la fin de la collaboration marocaine à la résistance d’Abd el- Kader)
C’est donc à cette période de 1841/1844 qu’Eric Zemmour fait référence en laissant abusivement entendre par sa formule quelque peu lapidaire que « Bugeaud n’a jamais fait que massacrer les musulmans et même certains juifs » (sic !) dès son arrivée en Algérie et qu’aujourd’hui, lui Zemmour, parce que Français revendiqué, est « du côté du général Bugeaud » (resic !)… Un raccourci historique, qui ne veut évidemment rien dire,  aussi grotesque que caricatural.
Les juifs indigènes ne furent pas du tout stigmatisés alors: la plupart d’entre eux, très majoritairement des berbères anciennement convertis, jouissaient dans l’état d’Abd el-Kader de positions souvent avantageuses… (Rappelons par exemple que l’ambassadeur de l’état d’Abd el-Kader auprès des autorités françaises d’Alger sera… un juif !)
Il s’agissait simplement d’un conflit entre l’état français et cet état maghrébin algérien naissant, où évidemment les juifs prirent leur part et furent combattus à ce titre, comme tous les partisans indigènes d’Abd el-Kader, par les troupes françaises. A cette époque, 30 ans avant Crémieux, les juifs berbères n’ont pas joué les collabos des Français…
Notons enfin que l’Algérie est officiellement proclamée « territoire français » le 12 novembre 1848 : la révolution de 1848 étant achevée le 24 février, la « seconde république »  proclamée par Lamartine n’a pas perdu de temps !
C’est donc bien la république qui va franciser l’Algérie décrété « territoire national » dans la première année de sa courte existence ! Comme vient de le souligner Emmanuel Macron en Côte d’Ivoire le 21 décembre dernier, à Abidjan,  le « colonialisme  est une faute de la République » !  Un colonialisme, au passage,  qui aura permis de « franciser » les berbères juifs algériens…
Alors finalement que dire du souchien berbère naturalisé Zemmour ?
Un  Français « de cœur » à défaut d’être « de souche » ou simplement un « profiteur républicain » ?
La question est posée…