Henri Weber : la gauche perd un de ses représentants les plus influents

Le 26 avril dernier, Henri Weber, ancien député socialiste et fondateur des Jeunesses Communistes Révolutionnaires, a tiré sa révérence, rejoignant ainsi Jean Daniel, co-fondateur du Nouvel Observateur, un hebdomadaire emblématique du libéralisme post-soixante-huitard.

Cette figure marquante de la gauche, à laquelle le journaliste Eric Zemmour a rendu hommage via une vidéo pour le Figaro magazine, rappelle un mouvement subversif ayant propulsé des révolutionnaires en carton-pâte des barricades de mai 68 aux plus hauts échelons du pouvoir. Bien que Zemmour évoque des similitudes entre les parcours d’Henri Weber et ceux d’anciens militants d’extrême-droite comme Gérard Longuet ou Alain Madelin, nous pensons que ces changements d’allégeance reposent sur des logiques opposées. Nous nous efforcerons d’analyser ces nuances tout en rendant hommage à cet homme décédé, sans pour autant glorifier un parcours qui a souvent lutté contre les idées nationales, qui auraient pu être bénéfiques pour une France en perdition.

La domination culturelle de l’axe libéral-libertaire

Contrairement aux anciens militants de Jeune Nation ou du mouvement Occident, qui ont dû s’adapter aux idées de la démocratie libérale pour assurer leur avenir politique, M. Weber a rapidement dominé le « débat public » aux côtés de journalistes et de politiciens avides. Zemmour le reconnaît lui-même en déclarant que « le fil rouge de sa vie fut l’internationalisme ». La doctrine trotskyste de la « révolution permanente », à laquelle il s’est rallié en fondant les Jeunesses Communistes Révolutionnaires lors des événements de mai 68, postule l’unité du prolétariat contre les classes dominantes, sans égard pour les différences culturelles ou ethniques.

Fils d’un immigré juif né au Tadjikistan, il s’est vite imposé comme un fervent critique de l’« ordre bourgeois » et « gaulliste ». Aux côtés d’Alain Krivine, il a cofondé la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire), qui, après de nombreuses scissions, a continué sa lutte sous le nom de NPA (Nouveau Parti anticapitaliste). La représentation notable de personnalités juives parmi les trotskystes internationaux est largement documentée par les historiens, depuis la fondation du mouvement sous Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht en Allemagne, jusqu’à son extension en France avec Daniel Cohn-Bendit. Laurent-David Samama, journaliste indépendant et auteur, établit un lien entre ce phénomène et des idées eschatologiques de la tradition juive, prônant une solidarité au-delà des frontières nationales.

L’entrisme libéral

À l’image de Pierre Lambert, le trotskyste de la IVème internationale qui a fait de l’entrisme une règle du militantisme, Henri Weber, qui s’était fait connaître par son engagement durant les grèves étudiantes, fut introduit dans le monde académique par Michel Foucault. Celui-ci avait déjà initié d’autres figures comme Alain Badiou ou Gilles Deleuze. Weber, dans un débat de 2016 à la Fondation Jean Jaurès, a rappelé son amitié avec le fondateur du « Front homosexuel d’action révolutionnaire », illustrant ainsi son implication dans le mouvement de subversion de mai 68, visant à découdre les normes patriarcales et familiales.

« Le fascisme s’écrase dans l’œuf »

Lors d’un débat avec Olivier Besancenot, militant trotskyste, Henri Weber a révélé les véritables raisons de son départ des structures révolutionnaires pour intégrer le paysage politique traditionnel. Pour lui, la révolution était complétée et l’ébranlement « social », « politique » et « libidinal » s’était diffusé à tous les niveaux de la société française. L’ordre gaulliste, trop superficiel, n’aura pas permis la véritable renaissance de la « France éternelle ». Pire encore, la loi Neuwirth de 1967, promue par un proche de Pierre Simon, a institutionnalisé la contraception, précipitant la France dans un déclin démographique.

Henri Weber a d’ailleurs maintenu lors de ses interventions publiques que son avis sur l’extrême droite demeurait le même : « le fascisme s’écrase dans l’œuf ». Cette déclaration pourrait être interprétée comme une devise du système mondialiste, dont les courants marxistes et libéraux semblent naviguer dans la même direction, à la lumière de l’héritage de cet ancien pilier de la gauche.

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